Ce lundi 22 novembre, les élèves de 3e du collège ont eu la possibilité de renouer avec le spectacle vivant en assistant, au sein même de l’établissement, à la représentation de « Je les grignote 14-18 », portée par un duo d’artistes costarmoricains, Vassili Ollivro, conteur et Clément Palant, musicien. Deux voix complémentaires qui se font écho, s’interpellent ou s’unissent en chansons, pour donner corps et cris à quatre portraits de Poilus…

Caisse de résonance

La salle polyvalente du collège avait pour la première fois depuis longtemps repris des allures de salle de spectacle : boîte noire, rideaux tirés… Devant les élèves, deux artistes de noir vêtu, sans rien qui puisse évoquer de façon littérale le contexte de la Première Guerre Mondiale. Pour scander le spectacle, une contrebasse, un banjo, une guitare électrique…Etonnant, déroutant ?

Efficace en tout cas, si l’on en juge par la qualité d’écoute et le silence respecté par les spectateurs tout au long de cette heure et quart d’évocation. Il faut dire que l’entrée en matière, par le biais d’une déroutante Marseillaise quelque peu enrouée…donnait d’emblée le ton du spectacle !

Premier atout ? Résolument, cette création, faite de récits, soutenus par la contrebasse et la guitare électrique, et de chants portés par le banjo (instrument réellement présent dans les Tranchées) sait se faire pédagogique en offrant une progression chronologique : la mobilisation générale, le départ pour le front, les permissions éventuelles, les offensives meurtrières, les tranchées, le retour à la vie civile sont en effet abordés avec la rigueur mécanique voire impitoyable du défilement du calendrier et de ses dates parfois fatales. Les informations sont riches, les détails saillants ne manquent pas : données chiffrées, barda, « becquetance » du soldat (pain découpé à la hache…), conditions d’hygiène (ah…la typologie des poux !), boue qui étouffe et qui noie, corps mutilés sur le No Man’s Land…

Deuxième atout ? La voix donnée aux soldats eux-mêmes : ce sont les mots, les cris, les plaintes, les refrains qu’ils auraient pu faire entendre ou entonner que nous découvrons. Les deux artistes, qui ont expliqué, pendant le temps d’échange consécutif à la représentation, avoir compulsé de nombreux témoignages et écrits portant sur la période, sont parvenus à inventer des vies de soldats qui auraient pu être réelles. Dès lors, les accents tantôt goguenards, critiques, résignés, révoltés ou désespérés des personnages qui s’expriment sur scène sonnent juste et fort. On les voit déjà, ces soldats-là : « Ça va être méchant dans pas plus tard que pas longtemps ! », « Plus on est de poux, plus on rit ! », « On oublie tout…pour quelques heures en tout cas », « Si ça dérangeait personne, je préférerais mourir de mort naturelle… ». Et lorsqu’on prête oreille à ce constat lapidaire : « J’vais vous dire, moi, la seule préoccupation de la guerre : j’ai eu peur. », on sait que tout est dit.

Conteur et musicien en duo

Troisième atout ? La présence de la musique qui bat la mesure de la guerre, de la peur, de l’attente, avec la contrebasse ; des bombardements assourdissants avec la guitare électrique qui délibérément étouffe les cris des soldats ; de la joie aussi avec ce banjo qui rappelle que dans les Tranchées, on a chanté… La rencontre « bord de scène » a permis à Vassili Ollivro et Clément Palant de dire combien ils leur importaient de donner ainsi à entendre l’incompréhension qui fut celle des soldats devant les ordres absurdes, devant leurs familles qui comme tous ceux « de l’arrière » ne pouvaient rien comprendre à l’horreur du Front.

Si le « je » du titre « Je les grignote 14-18 », est, selon le duo d’artistes, la mort qui fait des Poilus de la chair à canon, le spectacle réussit parfaitement à désosser ce mécanisme impitoyable pour mettre à nu la tragédie de « Ceux de 14 ».

Sous les bombardements…